- 08 Juin, 2026
Les Toquées à Saint-Honoré
Vendredi dernier, à St.Ho, il y avait des rires. Beaucoup. Et parfois des silences aussi. Des silences qui disent quelque chose.
Dans l’amphi de St.Ho, nos étudiants de deuxième année d’Éducateur Spécialisé (ES) et d’Éducateur de Jeunes Enfants (EJE) assistaient à la représentation de « L’Éthique, c’est Chic », le nouveau spectacle des Toquées de l’éthique.
Au départ, quelques regards curieux. Des sourires discrets. Puis, très vite, la salle s’est laissée embarquer.
Parce que sur scène, ce qui se jouait parlait d’eux. De ce qu’ils commencent déjà à toucher du doigt dans leurs stages. De ce qu’ils ressentent parfois sans encore réussir à le nommer.
Le travail social.
Celui des portes qu’on pousse avec appréhension. Des familles qu’on rencontre sans savoir comment aider. Des institutions qui épuisent parfois. Des professionnels qui tiennent malgré tout. Celui des liens qu’on construit lentement. De la confiance qui prend du temps. Et de cette nécessité, toujours, de continuer à accueillir l’autre dans sa dignité.
Trois assistantes sociales sur scène. Et toute une profession qui se raconte.
Les Toquées de l’éthique, ce sont trois assistantes sociales devenues artistes presque par accident. Un jour, on leur propose de jouer des scénettes inspirées de leur quotidien professionnel lors d’un congrès. Elles acceptent. Et quelque chose naît.
Depuis, elles montent sur scène pour raconter le social autrement.
Pas depuis des bureaux. Depuis le terrain. Depuis les salles d’attente, les rendez-vous qui débordent, les réunions absurdes, les colères rentrées, les petites victoires invisibles et les moments où l’on doute encore de pouvoir faire correctement son métier.
Alors elles chantent. Elles dansent. Elles caricaturent parfois. Elles font rire énormément.
Et au milieu d’un éclat de rire, on comprend que travailler dans le social, c’est accueillir, c’est prendre soin, c’est accompagner des personnes, un temps vulnérables. Dans la salle, certains hochent doucement la tête. Parce qu’au fond, c’est bien de cela dont il s’agit.
Un spectacle qui parle de fatigue… mais surtout de résistance
Les Toquées ne maquillent rien.
Elles parlent d’un travail social fragilisé. Des logiques gestionnaires qui prennent parfois le pas sur la relation humaine. De professionnels fatigués. D’équipes qui manquent de moyens. D’une société qui se durcit.
Mais elles parlent aussi de ce qui reste. De ce qui résiste.
Cette capacité des travailleurs sociaux à continuer d’être là, d’être présents auprès des personnes accompagnées. De continuer à écouter. De continuer à croire qu’une rencontre peut compter. De continuer à créer du lien dans une société qui en manque cruellement.
Et peut-être que c’est cela qui a traversé la salle vendredi : cette idée que le travail social n’est pas seulement un métier.
C’est une manière de regarder les autres sans détourner les yeux.
Former des travailleurs sociaux, c’est aussi transmettre cela
À St.Ho, cette représentation s’inscrivait pleinement dans le parcours de formation des étudiants ES et EJE.
Parce qu’apprendre le travail social ne se limite pas aux dispositifs, aux politiques publiques ou aux méthodologies d’intervention.
Il y a aussi tout le reste. La posture. L’éthique. La manière d’habiter la relation.
La façon de tenir humainement dans des métiers qui demandent de rester disponibles à l’autre, même quand la vie pousse parfois à l’indifférence.
Vendredi dernier, pendant un peu plus d’une heure, les Toquées de l’éthique ont rappelé, avec humour, lucidité et tendresse, pourquoi ces métiers continuent malgré tout d’être essentiels.
Et lorsque les applaudissements ont retenti dans l’amphi, ils ressemblaient moins à une fin de spectacle qu’à une manière collective de dire : « Debout pour le social. »







